La première fois que je suis allé voir le Tour de France, c’était en 1979, sur les Champs Elysées. J’avais 4 ans et je m’en souviens comme si c’était hier. J’avais passé l’après midi sur les épaules de mon papa, à essayer d’apercevoir les coureurs à chacun de leur passage. Au final, une victoire de B. Hinault au sprint, maillot jaune sur les épaules et sa deuxième victoire dans le Tour.
Ensuite, à chaque fois que cela fut possible, nous sommes allés voir le Tour. Les vacances familiales ont longtemps été décidées en fonction des étapes du Tour. Joux Plane en 83, La Ruchère en 84, l’Alpe d’Huez en 86 pour la journée de repos, les Aravis, les Saisies, St Gervais-le Bettex, Bonascre, le Port d’Envalira,….
Mon papa, qui adolescent "jouait" au Tour de France en se prenant pour Rik Van Looy était un grand passionné du Tour (en témoignent les centaines de photos, les dizaines de bidons du Tour et d’objets publicitaires collectés….) et naturellement, il m’a transmis cette passion. A vrai dire, je n’ai pas trop eu le choix…
Mais je crois que ca me plaisait bien quand même de partager celle-là avec lui. J’ai du lire au moins vingt fois Miroir du Cyclisme du mois de ma naissance, en 75, pour la première victoire de B. Thévenet.
Aujourd’hui, toutes les affaires qui touchent le cyclisme et le Tour en particulier m’ennuient, me mettent hors de moi. Que des coureurs trichent cela peut arriver, ce n’est pas d’aujourd’hui, si on en croit l’histoire du Tour (Landis, Delgado, Simpson, etc….). Mais ce qui me fait enrager, c’est la mauvaise foi avérée de certains de ces coureurs. Comment Vinokourov peut dire à l’arrivée d’une étape "J’inspire le respect" alors que trois jours avant, il se faisait transfuser ? Comment Mayo peut déclarer hier être satisfait de son Tour alors qu’il sait qu’il a pris de l’EPO ? Je ne peux pas croire que tous ces coureurs qui se chargent puissent être stupides et de mauvaise foi à ce point… Cela prouve en tous cas une chose, c’est que la culture du dopage semble être bien installée dans le milieu et qu’il sera difficile de tuer le mal. L’arrivée de nouveaux coureurs, qui ont commencé après 98 et l’affaire Festina, sera peut être un espoir pour le cyclisme.
En tous cas, je ne crois pas que la passion des gens pour le Tour de France s’éteindra tout de suite. A voir l’affluence sur les routes de l’Ariège le jour de l’arrivée au Plateau de Beille, les scores des retransmissions de France Télévisions, surtout pour les étapes de montagne, le Tour a encore de beaux jours devant lui et la volonté affirmée par ses organisateurs de le nettoyer permettra d’entretenir la flamme en attendant des jours meilleurs.
Mais je crois que quoiqu’il arrive, cette passion née il y a presque 30 ans sur la plus belle avenue du monde est intacte. Je ne suis pas allé voir passer le Tour cette année. J’aurais surement dû. J’ai du mal à y aller seul, sans mon papa. Il y a cinq ans jours pour jours mon papa a rejoint sa dernière demeure comme on dit. Le passionné de cyclisme qu’il était aurait très certainement été dégouté par ces affaires, comme nous le sommes tous. Mais je sais qu’il aurait suffit d’attendre octobre et la révélation du tracé du prochain Tour pour que la magie opère. Pour moi aujourd’hui, la magie n’est plus tout à fait la même, mais elle est encore là, et je pense qu’elle sera là encore longtemps.